Viticulteurs : êtes-vous prêts pour 2025 et de possibles sanctions ?

L’échéance du plan Écophyto II+ approche à grands pas. D’ici à 2025, les viticulteurs devront avoir réduit de 50 % leur utilisation d’intrants dans les vignes. À ce jour, aucune pénalité n’est prévue pour le non-respect du cahier des charges alors que des alternatives durables existent et sont viables économiquement. On peut donc imaginer l’apparition prochaine de sanctions dissuasives. Les outils d’aide à la décision (OAD) et les nouvelles technologie comme le drone pourraient alors aider à sécuriser financièrement les exploitations et les rendements sans engager de frais importants.

Origine et objectifs du Plan Écophyto II+

Les plans Écophyto (2008), Écophyto II (2015) et Écophyto II+ (2018) ont été développés pour répondre aux obligations européennes fixées par la directive 2009/128/CE. Celle-ci instaurait un cadre pour :

  • rendre compatible l’utilisation des pesticides et le développement durable
  • réduire les risques et les effets des pesticides sur la santé humaine, la biodiversité et l’environnement
  • encourager les agriculteurs au recours à la lutte intégrée contre les bioagresseurs
  • maintenir et améliorer la performance économique et sociale des exploitations agricoles

Le plan Écophyto II+ a été conçu pour réduire de 50 % le recours aux produits phytosanitaires sur le sol français, et particulièrement le recours aux substances les plus préoccupantes :

  • le glyphosate
  • le cuivre
  • les herbicides
  • les pesticides

Grâce aux actions menées depuis 2008 par différents réseaux de la filière agricole tels que DEPHY dans le Bordelais et ailleurs en France, le gouvernement entendait mobiliser les agriculteurs, les collectivités locales, les professionnels liés aux espaces végétalisés et les particuliers pour faire évoluer les pratiques. Ressources et outils (biosolutions, OAD, agroéquipements…) existent désormais en quantité pour les accompagner dans la transition écologique.

Mais le résultat espéré risque fort de ne pas être au rendez-vous. Un rapport de mission de 2021 du CGAAER, du CGEDD et de l’IGF constate une gestion complexe du plan. Il souligne aussi une assez faible contribution des dispositifs (groupes 30000, DEPHY, GIEE) à la baisse globale de l’utilisation des PPP. Cependant, d’autres leviers sont envisagés.

Écophyto II+ : des résultats mitigés et déjà des alternatives

Les différents plans Écophyto n’ont pas eu l’impact espéré au niveau des usages, et ce, pour 3 raisons principales :

  • la peur du risque d’opter pour des process inconnus aux conséquences incertaines
  • un verrouillage sociotechnique autour des systèmes spécialisés et intensifs en intrants chimiques
  • l’absence de sanctions de la part de l’État

L’objectif de 50 % de réduction des pesticides en agriculture d’ici à 2025 n’est toutefois pas laissé de côté. Et l’on peut sans nul doute imaginer que d’autres leviers seront mis en place prochainement. Le rapport du CGAAER, du CGEDD et de l’IGF évoquait des solutions comme :

  • le renforcement du crédit des labels (AB, cultivé sans pesticide…) et des certifications (HVE…)
  • l’accroissement de la fiscalité sur les produits phytopharmaceutiques (hausse de la redevance pour pollution diffuse)
  • le reversement du produit de cette taxe aux viticulteurs qui réduisent leur usage des PPP
  • une mobilisation supérieure de la PAC

N’oublions pas la pression sociale (riverains, collectifs de soutien aux victimes de PPP, groupes anti-pesticides…). Les consommateurs à Bordeaux comme ailleurs attendent plus de transparence et de durabilité de la part des agriculteurs : ils continueront de s’organiser pour faire toujours plus pression.

Écophyto II+ : vers de possibles sanctions à partir de 2025 ?

Dans son article 17, la directive européenne 2009/128/CE précise que les États membres peuvent déterminer « des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives ». En France, ces sanctions n’existent pas encore. Mais pour combien de temps ? Et à quel niveau ?

Impossible aujourd’hui de nier l’abondance des ressources disponibles pour engager avec succès un changement des pratiques culturales. Les résultats positifs obtenus par les viticulteurs du réseau DEPHY le démontrent.

Et plus largement, les agriculteurs de Gironde doivent aussi penser à s’adapter pour se prémunir des aléas climatiques qui surviendront de plus en plus régulièrement (grêle, sécheresse, gel…). Heureusement, de nouvelles solutions financièrement abordables existent pour engager une transition dans le vignoble.

Quels sont les outils disponibles pour respecter Écophyto II+ ?

Les viticulteurs bénéficient aujourd’hui de l’immense travail mené par les acteurs de la filière agricole en France (GIEE, CUMA, CIVAM, SCIC, groupes DEPHY, groupes 30000, MAEC, groupements d’employeurs…).

Les résultats obtenus par le réseau DEPHY montre la possibilité de maintenir les performances économiques et la rentabilité tout en se passant totalement du glyphosate et en réduisant l’usage du cuivre. Chaque membre est ensuite encouragé à parrainer 10 autres vignerons dans leur transition. Pour intégrer le réseau, vous pouvez demander des renseignements à la chambre d’agriculture de votre région. 

Voici un récapitulatif des outils alternatifs aux fongicides, herbicides et pesticides disponibles pour s’engager à respecter les objectifs du plan Écophyto II+ :

  • aération du feuillage
  • épamprage manuel ou mécanique de la vigne
  • enherbement et désherbage mécanique (intercep, déchaumeur)
  • témoin non traité sur quelques rangs pour observation régulière mildiou/oïdium
  • association de cultures
  • prophylaxie
  • plantation de haies pour les auxiliaires
  • largeur traitée réduite
  • utilisation de produits alternatifs (biocontrôle, biostimulants)
  • protection différenciée entre les parcelles
  • confusion sexuelle
  • usage de panneaux récupérateurs
  • utilisation d’un pulvérisateur face/face
  • emploi du module Optidose®
  • mesurer de l’indice de fréquence de traitement
  • observation sur le terrain
  • consultation régulière des bulletins techniques de santé du végétal

 

Je vous invite à en découvrir davantage sur les outils pour réduire les intrants en cliquant ici.

Les finances : le nerf de la guerre des viticulteurs

Malgré le noble objectif poursuivi par le plan Écophyto II+, il reste une donnée qui pèse lourd dans la balance : les finances des exploitations viticoles.

La réduction des intrants passe par un nécessaire investissement dans du matériel et un engagement sur le terrain plus important. Les viticulteurs de l’Hérault Claude et Benoît Derroja n’en font pas mystère. Ils soulignent dans leur témoignage les nombreuses difficultés rencontrées comme prendre la décision d’engager la transition et accepter les risques sans connaître l’impact pour leur exploitation.

Autrement dit, quitter des habitudes et des pratiques sûres pour l’inconnu, avec un risque financier potentiellement moins bien maîtrisé. Pour débuter votre transition, vous pouvez déjà commencer par vous faire accompagner en procédant à un diagnostic agro-écologique.

La technologie au service des viticulteurs dans le Bordelais

L’intelligence artificielle et les outils d’aide à la décision offrent aujourd’hui aux vignerons de nombreuses solutions financièrement accessibles pour une protection efficace contre les pathogènes et les aléas climatiques.

Une station météo de haute qualité couplée à une application mobile délivre des informations fiables pour :

  • améliorer l’efficacité des interventions
  • diminuer les charges phytosanitaires
  • sécuriser les récoltes face aux aléas climatiques (gel, grêle…)

Enfin, des outils comme le drone multispectral apportent des informations précieuses sur votre vignoble (homogénéité de la canopée, densité du feuillage, carences, constats post-gel ou post-travaux) tout en réduisant vos coûts d’exploitation :

  • gain de temps (plus besoin de parcourir l’ensemble des parcelles à pied)
  • économie de carburant et de matériel
  • économie de prestation (1 jour pour cartographier au lieu de 2 à 4 avec une équipe terrain)
  • relocation de main d’œuvre sur d’autres tâches
  • meilleure utilisation des intrants dans la vigne (seulement où c’est nécessaire)

Cliquez-ici pour en savoir d’avantage sur les innovations visant à réduire l’utilisation de produits phytopharmaceutiques dans le vignoble bordelais.

Le drone au service du sanctuaire de rocamadour

Découvrez comment l’utilisation de drones pour capturer des images inédites de Rocamadour enrichit les visites virtuelles et offre des perspectives uniques et immersives. En tant que télépilote de drone à Bordeaux, j’explique l’importance de cette technologie pour la promotion touristique et la préservation du patrimoine.

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